Partager l'article ! "Argenteuil, bassin de l’élite à venir ?" Libération, 14 décembre 2009: Hier soir, le Conseil municipal de la Ville d'Argenteuil a act ...
Hier soir, le Conseil municipal de la Ville
d'Argenteuil a acté le principe de l'accueil de l'école alsacienne sur le territoire de la commune.
Beaucoup de retours presse sur le sujet, et notamment un article dans le journal libération du 14 décembre.
Argenteuil, bassin de l’élite à venir ?
RécitLe projet de l’Ecole alsacienne de se dédoubler dans la ville du Val-d’Oise illustre la volonté nouvelle de certains établissements prestigieux d’aller à la
rencontre des élèves des banlieues populaires.
Par THOMAS HOFNUNG
La prestigieuse et très sélect Ecole alsacienne bientôt à Argenteuil? Plus précisément à l’ombre de la dalle où Nicolas Sarkozy avait stigmatisé «la racaille», le 25 octobre 2005, deux jours
avant le début des émeutes en banlieue ? Ce n’est encore qu’un projet, mais un jalon important doit être posé, aujourd’hui, lors d’un conseil municipal de cette ville du Val-d’Oise. Son maire, le
socialiste Philippe Doucet, va annoncer que la vénérable institution, fondée en 1874 dans le quartier du Luxembourg, à Paris, a choisi Argenteuil pour y établir une extension, le «Campus Ecole
alsacienne».
«Cette fois, ce ne sont pas les meilleurs élèves des banlieues qui franchissent le périphérique pour intégrer des écoles réputées, mais l’inverse, lance Philippe Doucet. L’Ecole alsacienne peut être le bélier qui va casser cette barrière mentale entre la capitale et nous.»
Devant les élus, son directeur, Pierre de Panafieu, rappellera toutefois que les jeux ne sont pas encore faits : si le conseil d’administration de l’école a avalisé le choix d’Argenteuil, une étude de faisabilité doit être conduite d’ici au mois de juin. Il s’agit de trouver les financements nécessaires pour concrétiser cet ambitieux projet. La direction de l’école a déjà entamé les discussions en ce sens avec de grandes entreprises, parfois dirigées par d’anciens élèves, à même de soutenir une initiative placée sous le signe de la diversité et de la mixité sociale.
Le projet est porté par Pierre de Panafieu depuis plusieurs années. Invoquant les «valeurs humanistes» au fondement de l’école, un établissement privé laïc reconnu d’utilité publique, le directeur s’inquiète de la «ségrégation scolaire» qui, dit-il, s’accroît au sein de la société française. Du fait de sa situation sur la rive gauche chic de la capitale et des droits d’inscription élevés (790 euros par trimestre et un peu plus de 400 euros pour la cantine), son école draine les enfants des classes supérieures. «L’école y a perdu une certaine richesse liée à la diversité», considère-t-il.
Etats d’âme.
Mais ce constat n’est pas partagé par tous les parents d’élèves. Certains redoutent déjà que la création du «campus» ne se fasse au détriment de la maison mère, et donc de leurs enfants.
D’autres, en revanche, soutiennent la démarche du directeur, notamment parmi ceux qui, défenseurs proclamés de l’enseignement public, ont quand même inscrit leur progéniture à l’Ecole alsacienne
et en ressentent parfois quelques états d’âme…
A Argenteuil, insiste Pierre de Panafieu, l’institution ne créerait pas une «annexe» mais se dédoublerait avec les mêmes méthodes et le même suivi pédagogiques qui fondent sa réputation. Le campus serait ouvert aux élèves du primaire, du collège et du lycée, avec des filières générales mais aussi technologiques et professionnelles, et une spécialisation en hôtellerie-restauration. En primaire, le recrutement serait purement local. Aux niveaux du collège et du lycée, il serait élargi à toute la région, attirant aussi des élèves issus des classes moyennes et supérieures. A cet effet, le projet inclut la construction d’un internat.
La direction, qui estime que la moitié des 1 400 élèves seraient des «locaux», prévoit de moduler les droits d’inscription en fonction des revenus des familles et de mettre en place un système de bourse pour les plus défavorisés. Pour ce faire, la recherche de financements extérieurs sera cruciale.
Pour séduire l’Ecole alsacienne, la municipalité d’Argenteuil a multiplié les gestes, prévoyant notamment de mettre à disposition du futur campus, pour un euro symbolique, un terrain vacant de plus de deux hectares. Celui-ci est situé à deux pas de la gare SNCF du Val-d’Argenteuil, dans un quartier mixte de pavillons et de tours.
La possible implantation de l’Ecole alsacienne n’est pas seulement une occasion unique d’améliorer l’image d’Argenteuil. Elle pourrait aussi, assure son
maire, enrayer la «fuite» des enfants des classes moyennes : à la fin du primaire, 20% des élèves poursuivent leur scolarité hors de la commune. Reste à savoir si le futur campus créera un pôle
d’attraction au détriment des autres établissements - publics - de la ville.
Sciences-Po.
Si elle se concrétise, l’expérience de l’alsacienne sera passablement différente du précédent le plus célèbre, celui des conventions d’éducation prioritaire de Sciences-Po. Par ce dispositif
initié par le directeur de l’établissement, Richard Descoings, en 2001, des élèves de banlieue peuvent avoir accès à un concours spécifique d’entrée. En 2009, 126 jeunes ont ainsi intégré l’école
de la rue Saint-Guillaume. Mais c’est bien la banlieue qui a franchi le périphérique et non l’inverse. L’Ecole alsacienne réussira peut-être le voyage dans l’autre sens. En 2007, Sciences-Po
avait voulu créer une antenne de son école en Seine-Saint-Denis. L’immobilier trop cher a fait capoter le projet. Sciences-Po ira finalement à Reims.
Je suis Maire d'Argenteuil, 1ère ville du Val d'Oise (104 000 habitants), depuis mars 2008
Autres responsabilités :
Président d'Argenteuil-Bezons l'Agglomération
Président d'Argenteuil-Bezons Habitat
Président du Conseil d'Administration de l'hôpital d'Argenteuil
Au Parti socialiste :
Membre du Conseil national
Secrétaire national du PS
Membre des instances fédérales du Val d'Oise
Responsable du Logement au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, candidat aux primaires socialistes
Contact :
pdoucet.argenteuil@gmail.com