Allocution de Philippe Doucet, Maire d'Argenteuil,
à l'occasion de la cérémonie

du 8 mai 2009

Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer ensemble la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Il y a 64 ans s'achevait cette effroyable conflit.
Une guerre qui vit l'Humanité sombrer dans la barbarie et dans l'irréparable.
Le 8 mai 1945, la France siégeait parmi les vainqueurs. C'est cette France relevée et victorieuse que nous célébrons aujourd'hui, celle de
notre coeur ; la France dont nous sommes tous les obligés.

Le souvenir que nous laisse le 8 mai est celui d'une France unie.
Aujourd'hui encore, il nous rappelle au rassemblement et à l'unité nationale, après les divisions et les épreuves.
Oui, le parcours fut long de l'humiliante débâcle de 1940 à la table des vainqueurs.
Oui, il fallut de l'audace et une incroyable ardeur pour relever le glaive et libérer notre pays.
Oui, cet effort parut impossible à certains qui acceptèrent la défaite, l'occupation, la collaboration.
Toutes ces circonstances, glorieuses comme honteuses, nous ne devons pas les oublier.

Mais une chose est sûre. La France n'a jamais été aussi grande qu'en ces moments où elle faillit disparaître.
Grande parce que les soldats français, engagés dans la bataille de France, firent preuve de courage face à l'armée de l'envahisseur.
100 000 d'entre eux périrent en deux mois, entre mai et juin 1940.
Grande parce que sa voix, même depuis Londres ou Alger, ne s'est jamais tue. Même vaincue et occupée, elle a su résister.
Grande parce que l'armée française, aux côtés des alliés, s'est engagée dans les combats décisifs qui mirent fin au IIIe Reich.

Nous rendons aujourd'hui hommage à celles et ceux qui en menant se combat ont su préserver la grandeur de notre pays.

Mais par delà l'hommage et la joie de nous retrouver, cette commémoration nous rappelle comme chaque année à nos devoirs.
Les témoins directs de cette époque se font de plus en plus rares et vous me permettrez en cet instant de saluer la mémoire de Monsieur et Madame Jean Hulin que nous avons eu la tristesse de porter en terre au cours de cette dernière année.

Ils sont de ceux qui nous ont légué des enseignements précieux, souvent payés au prix fort. C'est donc à nous qu'il incombe de faire vivre cette mémoire.
Prenons le temps de nous recueillir en saluant la mémoire de ceux qui
sont tombés pour la France et pour sa liberté. Héros de l'armée et héros de la Résistance, combattants de la France Libre et soldats de l'Armée d'Afrique.
Souvenons nous de nos morts sans oublier ceux de nos alliés : américains, britanniques, issus du Commonwealth ou de l'ancienne Union Soviétique.
Tous étaient engagés dans une guerre qui dépassait leur seule nation,
et qui a vu en cinq ans périr 50 millions de vies humaines.
Ces hommes et femmes, héros célèbres ou anonymes, nous leur devons beaucoup plus qu'une minute de recueillement, nous leur devons la vigilance.
Pour honorer leur combat, nous devons partager et transmettre le goût de la liberté.
Pour honorer leur sacrifice, nous devons assurer aux générations futures de ne plus connaître l'horreur vécue par nos aînés.
Pour honorer leur mort, nous devons rappeler que la paix n'est pas un
acquis et qu'elle nécessite la vigilance et les efforts de chacun.

Oui, la paix a un prix, et celle que nous célébrons aujourd'hui a été obtenue au prix le plus fort, le prix du sang.
Souvenons nous que, de ce bain de sang, est né un nouvel espoir. Les
nations meurtries par la guerre ont décidé de s'unir pour mettre en oeuvre leur rêve de paix.
Les gouvernants de l'après-guerre nous ont légué la construction européenne et nous leur en sommes reconnaissants. Après avoir connu l'horreur, ils ont su resserrer les liens qui les unissaient pour que la barbarie ne se reproduise plus jamais.

Et pourtant, d'autres génocides ont été perpétrés depuis la Shoah : au Rwanda bien sûr, mais aussi au cœur de l'Europe lors des multiples conflits ethniques intervenus à l'occasion de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.
Comment oublier ces milliers de Bosniaques massacrés à Srebrenica sans que les casques bleus ne bougent.
Chacun a bien conscience que lors de ces conflits les instances internationales n'ont pas joué pleinement leur rôle, laissant se perpétrer d'inacceptables massacres.
En ce moment même, au Darfour, des femmes, des enfants sont massacrés par des bandes armées dont chacun sait qu'elles opèrent avec la bénédiction des autorités soudanaises !
De telles horreurs ne sont possibles que parce qu'encore trop souvent les intérêts égoïstes des nations l'emportent sur l'intérêt général.

Mais l'horizon n'est pas toujours sombre, à ce titre, permettez-moi de saluer ici les premières initiatives du nouveau Président des Etats-Unis d'Amérique.
La décision de se retirer progressivement d'Irak en laissant ce pays reprendre en main son destin, la volonté de se réatteler au règlement du conflit israélo-palestinien, conflit dont chacun sait qu'il est la base de nombre des tensions au proche et moyen orient, la nouvelle chance offerte à l'Iran de revenir s'asseoir à la table des nations pour discuter sereinement de la question de la prolifération des armes nucléaires, la fermeture du centre de détention de Guantanamo avec pour corollaire la volonté de respecter le droit international, sont autant de signes positifs de l'évolution de la politique extérieure des Etats-Unis.

Certes, l'Amérique est la première puissance de notre planète, pour autant, elle ne doit pas tenter d'en être le gendarme et doit, comme tout autre pays, se conformer aux décisions des instances internationales.
A travers la voix de Barak Obama, la voix des Etats Unis s'est faite plus conciliante, moins arrogante, et nous le disons à nos amis américains, c'est la bonne direction ; l'Amérique n'a jamais été aussi forte et respectée que quand elle a su ne pas abuser de sa position et respecter ses partenaires.

Pourquoi cette intrusion dans l'actualité, parce que justement le devoir de Mémoire ne concerne pas seulement le juste hommage à rendre aux disparus, il vise surtout à veiller à ce que les horreurs du passé ne puissent se reproduire.

Se souvenir, témoigner, expliquer, enseigner, en parler encore et toujours : oui, nous devons utiliser ces armes pacifiques qui font revivre la mémoire et aiguisent la vigilance des peuples.

La participation à nos côtés à cette cérémonie, ainsi qu'au travail de mémoire, de représentants du Conseil Municipal de la Jeunesse d'Argenteuil, symbolise l'indispensable pérennité de ce devoir de mémoire qui doit être transmis de génération en génération.
Qu'ils soient remerciés de cette présence.
En souvenir des martyrs de la déportation, le poète et résistant Paul Eluard écrivit : « Si l'écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».
Il nous appartient de veiller ensemble à ce que ces voix ne faiblissent pas et continuent à clamer haut et fort que jamais nous n'accepterons la barbarie.

Enfin, je profite de cette cérémonie pour saluer le travail inlassable des représentants du Monde combattant et de leurs associations à Argenteuil :

- le Comité d'Entente des Anciens Combattants d'Argenteuil dont les portes drapeaux sont présents à nos côtés à toutes les cérémonies ;
- le Comité local de soutien à l'Amicale de Châteaubriant - qui en mars dernier nous a permis de remettre à l'honneur le jeune Rino Della Negra, résistant du groupe des FTP-MOI fusillé par les nazis ;
- le Musée de la Résistance dont les représentants continuent à assurer les permanences du centre de documentation où régulièrement des classes des écoles d'Argenteuil se rendent pour découvrir cette triste période de notre histoire ;
- les membres de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes, qui œuvrent au devoir de Mémoire et dont les derniers membres continuent aujourd'hui encore à témoigner.

Mais il ne suffit pas de les saluer, ils n'attendent pas de nous des honneurs, ils attendent la certitude que leur travail n'aura pas été vain et que quand ils n'auront plus la force de témoigner, de nouvelles générations prendront le relais.

Les leçons du passé, de l'histoire, l'actualité de ce début du XXIème siècle dans notre pays comme dans le monde nous appellent à faire preuve d'une extrême vigilance et de la plus grande détermination dans la défense des Droits de l'homme, de la dignité humaine et des valeurs qui fondent notre République.
Négationnisme, antisémitisme, racisme, xénophobie, sont en effet toujours présents dans notre société. Leur recrudescence marque périodiquement l'actualité, comme le prouve dramatiquement certains faits divers.
Dans un monde qui tend à perdre ses repères, en proie aux difficultés économiques, certains incitent à la guerre des civilisations et des religions, attisent les intégrismes, font le choix du communautarisme.
Nous savons que tout langage d'exclusion, tout discours xénophobe, tout comportement raciste ne sont ni anodins, ni innocents ; ils précèdent souvent les actes les plus barbares.
Le combat contre l'oubli, l'ignorance, l'intolérance, la haine et le racisme reste aujourd'hui l'un des combats les plus nécessaires et les plus justes.
Soyons en persuadés !
A nous donc de faire en sorte que l'homme consacre ses forces à l'édification d'une société et d'un monde de justice, de paix et de solidarité.

Je vous remercie de votre attention.

Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 21:37
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A propos de l'auteur

Je suis Maire d'Argenteuil, 1ère ville du Val d'Oise (104 000 habitants), depuis mars 2008

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Président d'Argenteuil-Bezons Habitat
Président du Conseil d'Administration de l'hôpital d'Argenteuil

Au Parti socialiste :

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Secrétaire national du PS
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Responsable du Logement au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, candidat aux primaires socialistes

 

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