Dominique de VILLEPIN a annoncé hier l’augmentation de 230€ de la prime pour l’emploi (PPE), qui passerait de 714€ à 940€.
Je vous propose de lire l'analyse proposée par Désirs d'Avenir.D'accord, pas d'accord? vous pouvez prolonger le débat sur le site www.desirsdavenir.orgAnalyseDepuis juillet 2004, le prix de l’essence a progressé de 23,1%, le gazole de 28,7%, le gaz naturel de 33%, les loyers de 5,3% (+ 2,46% sur le premier trimestre 2006) et l’inflation de 3,7% (+1,9% sur le premier trimestre 2006). Toute mesure permettant de compenser la baisse du pouvoir d’achat des ménages est donc une bonne chose. Mais ces annonces électoralistes, préparées dans l’improvisation et la précipitation (G. LARCHER, ministre délégué à l’emploi, avait annoncé dimanche une augmentation de 130€ et une PPE à 809€…), sont insuffisantes et défavorables aux salariés les plus fragiles.
1- Une mesure dérisoire au regard des avantages accordés aux hauts revenus
L’augmentation de la PPE ne saurait faire oublier que la politique fiscale menée par le gouvernement de droite depuis 2002 a d’abord profité aux hauts revenus. La mesure devrait coûter 500 millions d’euros en 2007. Elle bénéficiera aux 8,8 millions de foyers qui gagnent entre 3 570€ et 16 659€ par an, soit moins de 57€ par foyer. Par comparaison, rappelons par exemple que la baisse de 5% en 2004 de l’impôt sur le revenu a représenté 1 700€ pour un foyer avec 2 enfants dont les revenus annuels s'élèvent à 153 000€ ! Quant aux foyers dont les revenus sont trop faibles pour avoir pu bénéficier des baisses d’impôt, mais trop élevés pour être concernés par la PPE, le bénéfice qu’ils pourront tirer de la politique fiscale du gouvernement sera de… zéro euro.
2- Une mesure aux effets pervers pour les bas salaires
Créée en 2001 par le gouvernement de Lionel JOSPIN, la PPE visait à faciliter le retour à l’emploi des chômeurs dans une période de croissance soutenue. Constatant que le niveau des minima sociaux pouvait dissuader de reprendre une activité salariée, le gouvernement avait créé la PPE en faveur des bas salaires. Ceci avait favorisé l’emploi et soutenu la croissance. Tout autre est aujourd’hui l’esprit de la mesure annoncée par la droite : en la portant à un niveau qui atteint presque un SMIC mensuel, elle fait de cette prime non plus un soutien à la reprise au travail, mais un substitut au salaire. Alors que le gouvernement devrait permettre aux bas salaires de profiter du timide retour de la croissance, cette mesure va en effet favoriser l’inverse : les entreprises, sachant que les salariés concernés connaîtront une augmentation de la PPE, seront encouragées à ne pas les augmenter, et à créer des emplois faiblement rémunérés. Ceci prolonge la politique d’accroissement des écarts salariaux qui caractérise l’action de la droite depuis 5 ans (en 2003 : dirigeants d’entreprise + 3%, ouvriers +0,5%, employés –0,4%...). Encore un cadeau, certes indirect, aux entreprises !
3- Une mesure qui ignore les salariés les plus précaires
La PPE est proportionnelle au nombre d'heures travaillées : plus on travaille, plus la PPE est élevée, et moins on travaille, plus l'aide est faible. Le montant de 940€ concernera les salariés à plein-temps rémunérés au SMIC. Pour un mi-temps rémunéré au SMIC, la PPE sera de 470€, soit 39,16€ par mois. Pour une personne à quart temps au SMIC, pas de prime pour l’emploi, alors que c'est elle qui aurait sans doute le plus besoin de ce type d'aide. Le renforcement du dispositif PPE est donc d’un effet négligeable pour les salariés à temps partiel. Or, les temps partiels sont en augmentation constante depuis 2002 (4,3 millions de personnes en 2005 contre 3,9 millions). La droite renforce un peu plus la précarité dans laquelle vivent de nombreux salariés.
Mercredi 30 août 2006
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