Le discours de François Hollande

"La clarté, chers amis, elle commence par le rappel d’une évidence : le 6 mai prochain, nos concitoyens vont avoir à choisir entre la continuité et le changement. La continuité, elle a son candidat, c’est Nicolas Sarkozy. Il est dans ce scrutin le quasi sortant, il a gouverné le pays depuis 2002 comme ministre d’État, comme président de l’UMP, il est soutenu dans cette campagne par les deux Premiers ministres de la législature qui s’achève : Jean-Pierre Raffarin, c’est quand même une référence, Jean-Pierre Raffarin ! Dominique de Villepin, c’est quand même une caution !"

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"J’ai du respect pour la gauche dite antilibérale, mais la question qui lui est posée est moins celle du nombre de ses candidats à l’élection présidentielle que celle de son attitude au second tour de l’élection présidentielle. Veut-elle, cette gauche, envoyer un message de radicalité sans lendemain et disparaître pendant cinq ans ? Ou veut-elle cette gauche-là avec nous battre la droite et transformer le pays ?"

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"Dans cette élection présidentielle justement, la droite ne veut pas être la droite, on peut la comprendre. Nicolas Sarkozy n’est plus de l’UMP nous dit-il, il est de France. Il aurait pu dire de Neuilly, non, il est de France. Il nous a fait un aveu : « J’ai changé », a-t-il dit. Retenez bien cette expression. S’il a changé, c’est qu’il n’était pas bien avant.

Et s’il a changé, c’est qu’il ne sera pas mieux après. Mais il n’a plus de passé, et le voilà d’ailleurs qui vient chercher dans notre propre histoire ses références : Jaurès, Blum, Mitterrand. Ne vous plaignez pas de cette captation d’héritage, elle peut surprendre, elle peut être désagréable, mais si c’était le plus bel hommage que l’on puisse rendre aux noms qui ont marqué profondément l’histoire de France qui incarnent là encore le patrimoine national.

Là encore, soyez généreux, soyez socialistes, mettez-vous un peu à sa place. Vous seriez de droite, ce que vous n’êtes pas, j’en conviens, vous seriez de droite, mais qui chercheriez-vous comme référence ? De Gaulle, sûrement. Mais avant de Gaulle, après de Gaulle, qui ? disant : « enrichissez-vous », Thiers, le massacreur de la Commune ? Mac Mahon, « se démettre ou se soumettre » ? Poincarré ? Dois-je continuer ? Tardieu, qui le connaît ? Antoine Pinay, voilà une belle référence, il a même vécu cent ans, ça laisse une trace ça dans l’histoire de la République ! Réfléchissez encore.

Sarkozy aurait quand même pu citer Giscard. C’est dur pour Giscard d’avoir Mitterrand comme référence. Mais il aurait pu dire Balladur. Voilà une belle référence pour Nicolas Sarkozy. Et Chirac ? Mais pourquoi il n’a pas dit Chirac ?

Alors, voyez-vous, il faut les comprendre. La belle histoire, la grande histoire, le progrès, les conquêtes sociales, qui les a faites ? C’est la gauche et pas la droite.

Mais, chers amis, j’y ai vu aussi comme un discours de circonstances. Et je me suis posé cette question : si, sortant de Villepinte, nous allions faire un tour à Neuilly dont Nicolas Sarkozy fut maire pendant longtemps, et nous ferions l’exercice suivant : nous demanderions aux passants : mais où est la place Léon Blum ? Où est le boulevard Jean Jaurès ? Et où est l’avenue François Mitterrand ? On nous aurait répondu : « Vous ne trouverez pas âme qui vive là-bas, personne n’habite à l’adresse indiquée, Jean Jaurès, Léon Blum ou François Mitterrand, allez voir plutôt du côté de Barrès, de Déroulades* ou de Charles-Laffite. Mais de Blum, de Mitterrand et de Jaurès, point du tout. »

Mais il y a même quelque imposture, je le dis ici, à vouloir citer Jaurès quand on veut remettre en cause le droit de grève des salariés dans notre pays, quand Jaurès, lui, s’est battu à Carmeaux* pour arracher ce droit. Oui, il y a de l’imposture à citer Blum quand on veut mettre en cause les 35 heures, quand Blum, lui, a fait les 40 heures et les congés payés.

Oui, il y a du cynisme à vouloir citer François Mitterrand et remettre encause la retraite à 60 ans et l’impôt sur les grandes fortunes. Et il y a de la mystification à parler des travailleurs et des travailleuses quand, depuis cinq ans, avec cette majorité, l’assistance, le nivellement, la précarité se sont étendus, le nombre de RMIstes a augmenté de 250 000. Depuis 2002, 70 % des embauches de notre pays se font avec des contrats à durée déterminée ou de l’intérim. 80 % des salariés ne gagnent pas 2 000 € dans notre pays. Voilà le bilan droite, voilà sa politique, et elle viendrait nous parler des travailleurs et des travailleuses."

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"Enfin, nous devons opposer aux droits dits opposables les droits effectifs.

La droite a trouvé ces derniers jours une formule pour satisfaire à des pressions fortes, répondre à des urgences. J’avoue que nous n’y avions pas songé. Il suffirait maintenant d’inscrire dans une loi l’existence d’un droit opposable, et c’en serait terminé des problèmes des mal-logés, des mal-soignés, des mal-éduqués. Il y a donc un droit qui doit être inscrit là bientôt pour le logement. Tant mieux si ça peut permettre des politiques différentes, mais quelle est l’inspiration ? Elle nous vient là encore de Nicolas Sarkozy.

Le droit opposable au logement, cela consiste, pour une personne sans domicile fixe, par exemple à Neuilly, qui cherche un toit, un logement, il n’en trouve pas : application du droit opposable au logement. Il va donc voir son avocat, très simple, son avocat l’oriente vers une commission qui elle-même saisit un tribunal, et au bout de cinq ans, ce sans domicile fixe peut avoir un logement social à Gennevilliers. Voilà pour le droit opposable au logement.

Mais nous n’avions pas tout vu, chers amis, il y a maintenant le droit opposable pour l’accueil en crèche, c’est ce que propose Nicolas Sarkozy. Vous êtes parents, vous avez un enfant en bas âge, vous vous adressez à votre commune : « il n’y a pas de places en crèche ». Qu’à cela ne tienne : droit opposable à la crèche. Vous allez voir votre avocat qui saisit une commission, qui elle-même en appelle au tribunal, et au bout de cinq ans, quand votre enfant est à l’école, vous pouvez le remettre à la crèche.

Mais nous n’avions pas tout vu. Il nous est proposé un droit opposable à l’accueil dans une maison de retraite. Mais pourquoi riez-vous ? C’est très simple. Vous êtes une personne âgée dépendante, vous demandez un accueil dans une maison spécialisée : « il n’y a pas de place » : droit opposable. Vous allez voir votre avocat, celui que vous aviez déjà saisi lorsque vous étiez en crèche, il vous renvoie devant la commission, qui elle-même en appelle au tribunal, et au bout de cinq ans, le bon Dieu, si vous y croyez, vous accueille avec une place dans le royaume des cieux.

Nous, chers amis, nous ne sommes pas dans cette logique-là, des droits théoriques, des droits virtuels. Nous ne sommes pas dans une logique américaine, nous sommes dans une logique française de services publics, de droits effectifs, de prestations sociales garanties. Oui, si l’on veut avoir un logement, il faut d’abord construire 120 000 logements sociaux par an. Il faut imposer aux communes qui ne font pas de logements sociaux 20 % das chaque résidence et dans chaque ville. Et quand ils ne le font pas, ces maires-là, souvent de droite, il faut que l’Etat se substitue à eux pour qu’il y ait les logements sociaux indispensables."

Lundi 12 février 2007
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