L’Argenteuillais Le mag : M. le Maire, les Argenteuillais ont en mains un nouveau magazine. Pour quelles raisons ?

 

Philippe Doucet : Quelques semaines après mon élection, nous avons lancé L’Argenteuillais. C’est un journal qui étonne. Il met en avant les forces vives de notre ville, qui en sont le cœur : les Argenteuillais engagés, actifs, inventifs, créateurs, les acteurs économiques. C’est un hebdo dont les habitants ont besoin. Savoir ce qui se passe à côté de chez soi, être informé, autrement que par le bouche à oreille est essentiel. Nous avons pris le temps, ensuite, de mettre au point le second outil d’information utile à tous : un magazine agréable à lire, qui explique et présente l’action municipale, les politiques publiques que nous initions.

 

Vous êtes maire depuis 18 mois. La récente élection cantonale partielle a permis à l’ancien premier adjoint de se faire élire conseiller général. Le Figaro parlait, peu avant le scrutin, de “consoler l’UMP”. Le Parisien évoquait, le lendemain du vote, la “gestion contestée du maire socialiste”. Qu’en dites-vous ?

 

Ph. Doucet : Il faudrait être sourd, aveugle ou désespérément cynique pour faire comme si rien ne s’était passé le 27 septembre dernier. La candidate de toute la gauche, mon adjointe Marie-José Cayzac, n’a pas été réélue, malgré son travail et son investissement au service de tous. Je tiens à rappeler que ce vote ne concernait pas toute la ville, mais seulement un tiers. Nos concitoyens du canton Est ont “parlé” de deux manières : en n’allant pas voter - de très loin, les plus nombreux, 68% - et en votant majoritairement à droite. Ce que confirme cette élection, et ce n’est pas une surprise, c’est que l’augmentation des impôts n’a pas été comprise, d’autant qu’elle intervient dans un contexte économique et social difficile. Je ne me suis peut-être pas assez expliqué. A cela s’ajoute l’impatience, conséquence des espoirs que nous avons fait naître. Il y a des préoccupations auxquelles nous ne répondons pas assez vite. Mais il faut du temps pour préparer et mettre en œuvre des politiques publiques à l’échelle d’une grande ville comme la nôtre.

 

Comment expliquez-vous cette augmentation ? Vous évoquez souvent le bilan de l’ancienne majorité. Est-ce la seule raison ?

 

Ph. Doucet : Je sais que les citoyens ont le sentiment que les élus se rejettent les responsabilités. Mais qui peut croire qu’en moins d’un an, nous aurions autant mis les finances à mal ? Et pourquoi diable aurions-nous décidé d’augmenter les impôts si cela n’était pas vital ? Nous avons fait face à nos responsabilités. Notre responsabilité c’est de combler les 8 millions d’euros de dotation que nous supprime l’État sur six ans. Notre responsabilité, c’est de ne pas mentir aux Argenteuillais sur l’état financier de la ville qui a 225 millions d’euros de dette. Ca veut dire que chaque année une partie des impôts des Argenteuillais part en fumée pour rembourser les seuls intérêts des emprunts. Nous devons en sortir ! Nous avons beaucoup à faire pour Argenteuil. Nous devons avoir les moyens de notre politique. C’est le sens de cette décision difficile.

 

Vous avez augmenté les taxes locales de 13% cette année et vous prévoyez 9% de plus en 2010. Au lieu d’augmenter les impôts, ne pouviez-vous pas baisser les dépenses ?

 

Ph. Doucet : Quand une ville se retrouve dans une impasse financière aussi grave, ce qui a été constaté par une étude datant de 2007 et dissimulée jusqu’à mon élection, il y a effectivement plusieurs manières de réagir. On augmente les recettes, on diminue les dépenses, ou bien on fait comme si de rien n’était. La troisième solution a déjà été expérimentée par d’autres. Elle est dangereuse et irresponsable, je l’ai dit. J’ai donc choisi, avec la majorité municipale, de conjuguer l’augmentation des recettes, donc des impôts, et la maîtrise de nos dépenses. Mais il ne faut pas diminuer ou supprimer n’importe quelle dépense.

 

Créer un festival, organiser des fêtes dans les quartiers, c’est ce que vous appelez “maîtriser nos dépenses” ?

 

Ph. Doucet : Argenteuil est suivie par l’État depuis plusieurs années en raison de ses difficultés financières. Ce n’est pas à cause du festival ! Les sommes en cause ne représentent rien à côté de nos problèmes financiers. Toutes ces initiatives, en permettant aux habitants de se rencontrer, de se connaître dans leur diversité d’origine, d’âge, de catégorie sociale, participent à la manière dont nous vivons ensemble, à 100 000, sur 17 kilomètres carrés. Qu’avons-nous fait ? Nous avons sorti la fête des berges de la confidentialité pour renouer symboliquement le lien avec la Seine. Pour la fête de la jeunesse, jadis sous traitée à NRJ, nous avons fait mieux cette année, sans NRJ et pour moitié moins cher. Nous avons refait du carnaval qui dépérissait une vraie fête pour les enfants. Nous avons revitalisé la fête des vendanges pour permettre à tous de vivre notre patrimoine historique. Nous avons créé “Argenteuil fait son festival” qui permet de mettre en valeur les talents argenteuillais. Ceux qui jugent ces dépenses inutiles nous promettent une ville sinistre, ghettoïsée et dangereuse. Enfin, une vie sociale et culturelle dynamique contribue également à l’attractivité d’une ville, donc à son enrichissement à tous points de vue.

 

Cela n’empêche pas que beaucoup, personnes âgées, jeunes couples, peinent aujourd’hui à payer les impôts locaux…

 

Ph. Doucet : Oui, les impôts ont augmenté en 2009. Ils augmenteront un peu moins en 2010. Et nous avons relevé un abattement - une réduction, donc - qui va permettre aux familles d’atténuer fortement l’augmentation dès l’année 2010. En même temps, nous avons entamé un énorme travail budgétaire, une gestion rigoureuse, sérieuse et attentive de cet argent presque “sacré”, l’argent public. Nous réexaminons tous les contrats afin de les optimiser. Nous examinons chaque dépense pour la supprimer quand c’est possible, la diminuer ou s’assurer de sa pertinence. En 2010, la situation aura déjà progressé. Nous ferons un bilan clair de ce travail. Ce bilan sera public, transmis et expliqué à tous les Argenteuillais.

 

Alors, rendez-vous est pris dans Le mag. A plusieurs reprises, les syndicats des agents communaux ont dénoncé votre “gestion à poigne” des ressources humaines...

 

Ph. Doucet : J’ai été élu pour faire avancer Argenteuil. J’ai montré beaucoup d’impatience aux services municipaux et cela en a peut être choqué plusieurs. Mais tout au long de ma campagne et depuis le début de mon mandat, j’ai mesuré les attentes des Argenteuillais sur la propreté, l’entretien des écoles ou celui des rues, par exemple. Nous nous devons de répondre à ces attentes. Je connais bien le monde du privé. Je connais ses atouts et ses limites. Certaines missions, essentielles à l’équilibre de la société, ne doivent pas être dans le système marchand. Mais le service public doit être efficace pour tous les habitants. C’est très important à mes yeux. Alors, le dialogue reste ouvert avec les syndicats et avec l’ensemble des agents. Je veux être à la tête d’une collectivité qui respecte ses collaboratrices et ses collaborateurs qui, eux, ont à cœur la raison d’être de la fonction publique : le service dû à nos concitoyens qui sont aussi les contribuables dont nous venons de parler. C’est ainsi qu’on invente progressivement le service public local fort et utile à une ville au XXIe siècle.

 

Et c’est quoi une ville au XXIe siècle ?

 

Ph. Doucet : Pour qu’Argenteuil avance, nous devons construire l’avenir de la ville autour d’une dynamique, d’un équilibre et d’une exigence. Une dynamique sociale et urbaine, un équilibre économique et financier, une exigence citoyenne. Ainsi, notre ville prendra vraiment la place qui est la sienne dans la région capitale de la France : la 3e. Argenteuil n’est pas une ville comme les autres. Elle a une identité singulière. J’ai choisi d’y vivre avec ma famille. Je partage le quotidien de mes concitoyens et leur indignation face à une mauvaise image que nous ne méritons pas.  Moi, je suis fier d’être Argenteuillais. Depuis le XIXe siècle, Argenteuil répond avec constance aux défis de son temps. Elle est à la hauteur de ce qu’on attend d’une ville : accueillir des populations nouvelles, des activités économiques et créer les conditions pour que se constitue un tissu social mixte. C’est exactement l’inverse d’une ville musée, comme la petite couronne en compte tant. Au début du XXIe siècle, nous devons renouveler nos réponses à ce défi permanent. C’est ce que j’ai proposé aux Argenteuillais l’an dernier et c’est pour cela qu’ils m’ont élu.

 

La dynamique sociale et urbaine s’engage mal si les classes moyennes ne restent pas à  Argenteuil...

 

Ph. Doucet : C’est pour cela que notre commune doit non seulement redresser ses finances mais continuer à investir dans la qualité de la ville et de ses équipements, aujourd’hui pas assez suffisant en nombre et en qualité. La dynamique sociale et urbaine, c’est un peu “l'Argenteuil Touch”. Toute notre histoire raconte les liens humains et solidaires qui rassemblent les femmes et les hommes qui vivent ici. Des femmes et des hommes d’origine sociale, géographique, culturelle différentes. 1 Argenteuillais sur 5 n’a pas encore 20 ans. Là est notre avenir, nous devons les accompagner. 6 Argenteuillais sur 10 font partie de ce qu’on appelle la “population active”, ils sont la force vive de notre ville, ils la font vivre et l’animent, nous devons les épauler. 15% de la population a plus de 60 ans. Nous leur devons tranquillité et solidarité. Il y a 40 000 logements construits sur le territoire communal. Un tiers sont des résidences individuelles. Nous avons un parc de 13 000 logements sociaux...

 

...Et plus de 6 700 demandes !

 

Ph. Doucet : En effet. Et nous ne pouvons pas construire 6 700 logements sociaux. Chaque collectivité locale doit prendre sa part. Mais la dynamique urbaine que nous avons impulsée commence à se traduire dans la réalité. Nous avons lancé un programme de rénovation de 4000 logements et des résidences avec Argenteuil-Bezons-Habitat, notre office HLM. D’ici à 2014, nous allons construire 480 logements sociaux, pour respecter la convention signée avec l’Agence nationale de rénovation urbaine. Nous allons faciliter l’échange de logements, par exemple entre un locataire dont le logement est devenu trop grand et une famille qui s’agrandit. Nous proposons, avec la communauté d’agglomération, le “Pass foncier”, une aide pour accéder socialement à la propriété dans des conditions économiques raisonnables. 500 logements seront construits avant 2014 pour permettre aux gens d’accéder à la propriété en maîtrisant leur situation financière, au lieu de la fragiliser à l’extrême pour enrichir les banques. Nous accompagnons des opérations privées de construction de logements favorisant la mixité.

 

Vous avez un exemple ?

 

Ph. Doucet : Nous avons donné notre accord à l’entreprise Bouygues pour réaliser, au Val Notre Dame, 70 logements sociaux, 155 en accession classique à la propriété, 95 en accession sociale, et un équipement public, en l’espèce une crèche. Nous avons d’autres idées. Trop de gens se sentent contraints dans leur parcours résidentiel. Contraints dans des logements sociaux qu’ils souhaitent quitter, contraints dans des logements locatifs privés dont certains sont de mauvaise qualité et très chers. Nous allons les aider à débloquer leur situation et, en même temps favoriser la mixité sociale de l’habitat.

 

Et l’équilibre économique ?

 

Ph. Doucet : L’équilibre économique, il est à reconstruire et j’y consacre beaucoup d’énergie. Je suis conscient que le commerce s’étiole, notamment en centre-ville. Nous allons travailler à faire naître un véritable cœur de ville. Les zones industrielles d’Argenteuil, à 10 minutes de la Défense, sont à moitié vides. Est-ce normal ? Nous avons, avec Dominique Lesparre le maire de Bezons, refondé l’agglomération Argenteuil-Bezons pour en faire l’outil efficace de notre développement économique. Nous allons rénover les zones d’activité existantes pour y accueillir à nouveau des entreprises. Nous allons aménager des terrains sur les bords de Seine et dans le quartier de la gare pour créer de nouveaux lieux adaptés aux entreprises d’aujourd’hui et, ainsi, développer l’emploi ici. Nous allons aider et accompagner les entreprises dans leurs projets, leur simplifier la vie, et celle de leurs salariés. La navette de bus entre la gare et la zone d’activité du Val d’Argent en est un exemple. C’est aussi un exemple de bonne gestion car ce nouveau service public a été négocié avec le transporteur pour un coût de 0 euros pour la collectivité.

 

L’exigence citoyenne, autrement dit la participation, n’est-ce qu’un effet de mode ?

 

Ph. Doucet : Non, pas du tout. C’est même un point central. L’exigence citoyenne, c’est un débat public apaisé, qui se concentre sur les questions de fond, laissant de côté les invectives rageuses et vaines, et qui respecte les institutions. C’est l’avenir d’une ville de 100 000 habitants qui est en jeu. Alors, je demande à tous du sérieux, de la sérénité, de l’intelligence. L’exigence citoyenne, ce sont nos nouveaux conseils de proximité qui doivent trouver leur rythme de travail. L’exigence citoyenne, c’est le forum urbain qui est organisé au début du mois de novembre pour réfléchir à notre avenir urbain et en débattre.

 

Réfléchir et débattre de l’avenir à une époque aussi tendue, n’est-ce pas impossible ?

 

Ph. Doucet : Jamais nos sociétés occidentales n’ont produit autant de richesses et disposé d’autant de moyens, très mal répartis. Et l’inquiétude est forte. Chacun mesure que, pour la première fois, ses enfants risquent de connaître une vie plus difficile que la sienne. Nous sommes dans une ère de mondialisation de l’économie qui a déstabilisé les structures culturelles et sociales traditionnelles. Et pourtant la ville reste un cadre de proximité, pour développer les solidarités face aux difficultés quotidiennes. C’est pour ça que nous devons mettre l’avenir urbain de cette ville en débat, écouter ce qui se passe dans d’autres villes de France et d’Europe, dialoguer avec des spécialistes reconnus et des élus. J’y donne rendez-vous à tous les Argenteuillais. Un questionnaire détaillé a été diffusé. Que chacun y réponde puis vienne regarder, écouter, parler, proposer. Ensuite, nous rendrons compte des débats et nous construirons ensemble - j’insiste - notre projet urbain. Urbain, j’aime bien ce mot car il parle de ville et évoque la qualité du “vivre ensemble”. Tout ce qu’on souhaite pour Argenteuil. 


Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 18:57
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A propos de l'auteur

Je suis Maire d'Argenteuil, 1ère ville du Val d'Oise (104 000 habitants), depuis mars 2008

Autres responsabilités :

Président d'Argenteuil-Bezons l'Agglomération
Président d'Argenteuil-Bezons Habitat
Président du Conseil d'Administration de l'hôpital d'Argenteuil

Au Parti socialiste :

Membre du Conseil national

Secrétaire national du PS
Membre des instances fédérales du Val d'Oise

Responsable du Logement au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, candidat aux primaires socialistes

 

Contact :

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