Partager l'article ! "L’esclavage est dans l’Histoire de l’humanité. Si la culpabilité n’est pas héréditaire, cela nous impose un devoir de mémoire.": &n ...
Argenteuil
Cérémonie commémorant le 162e anniversaire de l’Abolition de l’esclavage en France.
Vendredi 21 mai 2010 à 20 heures, cinéma Le Jean-Gabin
En préambule, diffusion du court-métrage "Abécédaire abominable de l'esclavage" un film de Michel Patient (production Art et films Associés – AmeliA films)
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,
En regardant ce film de Michel Patient, je repensais au discours prononcé en février 1999 par Christiane Taubira, pour présenter son rapport sur la proposition de loi visant à reconnaître la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. La députée de Guyane rappelait « qu’il peut être rude d’entendre décrire par le menu certains aspects de ce qui fut une tragédie longue et terrible ».
Le commerce triangulaire reliant en de sinistres équipées Bordeaux ou Nantes avec l’île de Goré, dans la baie de Dakar, et le nouveau monde, fut même « légalisé » dans le Code Noir promulgué sous Louis XIV. La révolution française fut oublieuse. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne fut d’abord pas celle des droits de tous les hommes tous devenus citoyens. Jusqu’à l’initiative de l’Abbé Grégoire relayée par Danton déclarant devant la Convention, l’assemblée nationale de l’époque : «Représentants du peuple français, jusqu’ici nous n’avons décrété la liberté qu’en égoïstes et pour nous seuls. Mais aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret, nous proclamons la liberté universelle ». Le premier décret ne fut pas vraiment appliqué et promptement abrogé par Bonaparte devenu empereur.
Et, vous le savez bien, il fallut attendre une autre révolution pour que le Journal officiel de la République française, du mardi 2 mai 1848 s’orne du texte suivant : « Le Gouvernement provisoire, considérant que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; qu'en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; qu'il est une violation flagrante du dogme républicain, Liberté, Égalité, Fraternité ; décrète que l'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises. »
Ce crime là dura quatre siècle, en France et ailleurs. Il nous instruit sur l’Homme et il fait ce que nous sommes aujourd’hui.
Car il est trop simple de proclamer l’inhumanité de l’esclavage, comme un fait étranger à l’humanité alors que le problème, justement, c’est que l’esclavage est une
des trop nombreuses preuves de ce qu’un homme peut faire subir à un autre homme. L’esclavage est dans l’Histoire de l’humanité. Si la culpabilité n’est pas héréditaire, cela nous impose un devoir
de mémoire.
La mémoire, cette mémoire peut s’exprimer dans une cérémonie, et c’est ainsi que nous nous retrouvons aujourd’hui. Elle peut s’exprimer, de manière
subtile, dans une belle manifestation culturelle populaire. C’est une des significations portées par le nouveau Mai des
artistes que nous clôturons ce soir ensemble. Organisé cette année en lien avec le Conseil général du Val-d’Oise, il a mis à l’honneur l’Afrique de l’ouest, ces terres où les
esclaves ont été capturées.
Mais, avec la municipalité, j’ai souhaité que la mémoire s’inscrive dans notre paysage urbain.
C’est pourquoi j’ai le plaisir de vous annoncer que nous allons acheter l’œuvre de William Castano, exposée pendant le Mai des artistes, la couler en bronze et l’installer dans le square du Chevalier de Saint-George.
Ce monument rappellera à tous ce crime de l’humanité contre elle même. Il rendra hommage à ces femmes et à ces hommes de bien qui, au coeur du XIXe siècle et alors que la majorité ne trouvait rien à redire, se rassemblèrent dans la Société pour l’abolition de l’esclavage. Il rendra hommage à Victor Scholcher, mort tout près d’ici, rue d’Argenteuil à Houilles, comme il rendra hommage au colonel Louis Delgrès qui lutta éperdument contre le rétablissement de l’esclavage en 1802, et qui paya cette lutte de sa vie. Il rendra hommage à Alexandre Dumas, fils d’esclave affranchi et seul général noir de la République, à son fils, le grand romancier qui n’oublia jamais ses origines, au contraire du cinéma français, visiblement ! Il rendra hommage, enfin, surtout, à ces millions de femmes, d’hommes et enfants qui, arrachés des côtes d’Afrique de l’Ouest, ont été maltraité, avilis, exploités.
Ce monument sera une fierté de notre ville. Il rappellera à tous, non seulement ce crime contre l’humanité, mais également la relation apaisée et clairvoyante que les Argenteuillais entendent entretenir avec l’histoire pour cultiver le vivre ensemble à l’argenteuillaise.
Je vous remercie.
Je suis Maire d'Argenteuil, 1ère ville du Val d'Oise (104 000 habitants), depuis mars 2008
Autres responsabilités :
Président d'Argenteuil-Bezons l'Agglomération
Président d'Argenteuil-Bezons Habitat
Président du Conseil d'Administration de l'hôpital d'Argenteuil
Au Parti socialiste :
Membre du Conseil national
Secrétaire national du PS
Membre des instances fédérales du Val d'Oise
Responsable du Logement au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, candidat aux primaires socialistes
Contact :
pdoucet.argenteuil@gmail.com